Témoignages

ADDEVA 44 / Amiante :

   

 

 

« Je vis avec une épée de Damoclès »

 

Jean-Pierre Boucher a travaillé 30 ans à la fonderie de Châteaubriant. Depuis 2004, i! souffre d'une pathologie due à la poussière d'amiante. À 61 ans, il continue de plaider la cause des autres victimes.

Jean-Pierre Boucher et Etienne Rochery, membres de la section Châteaubriant-Derval d'Addeva 44 : « On est loin de faire ce qu'il faut en matière de prévention ».

Témoignage

« Je travaillais à la fonderie Focast comme salarié polyvalent. En 2004, l'entreprise a connu un plan social. Comme plus d'une centaine de col­lègues, j'ai reçu en mars ma lettre de licenciement. J'avais 55 ans. Il me manquait trois mois pour partir en pré-reraite licenciement. On m'a re­mercié sec.

Délégué du personnel à la CGT et membre du Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), je savais qu'il y avait des problèmes d'amiante à la fonderie, reprise à l'époque par Pebeco. Au moment du plan social, personne, y compris la direction, n'a voulu se pencher sur la question. À la dernière assemblée générale du personnel, je me suis engagé à suivre ce dossier,

Une maladie sournoise

J'ai demandé à mon médecin trai­tant à passer un scanner thoracique, II m'a envoyé à Nantes, à l'hôpital Laennec. À la sortie, on m'a deman­dé où je travaillais et si j'avais été ex­posé à l'amiante. En fait, les examens ont révélé des plaques pleurales. En plus des douleurs thoraciques, elles peuvent cacher d'autres pathologies, invisibles au scanner, tel que !e mésothéliome, une tumeur maligne carac­téristique de l'exposition à l'amiante. Mon médecin traitant a mis plus d'un mois pour me communiquer les résultats que j'ai fini par obtenir à force d'insister... En décembre 2004, la Médecine du travail reconnaissait ma pathologie comme maladie pro­fessionnelle.

Un site amiante

À la fonderie, il y avait quelque 80 personnes dans mon cas. Sans par­ler des autres, déjà morts... Début 2005, j'ai adhéré à l'Association dé­partementale de défense des vic­times de l'amiante (Addeva 44). Avec elle, on a constitué un dossier pour faire reconnaître la fonderie comme site amiante et ouvrir ainsi le droit à une retraite anticipée pour les sala­riés exposés à l'amiante. Par deux fois nous sommes allés au tribunal administratif à Nantes. Et nous a-vons gagné. En juin 2007, environ une quinzaine de personnes ont pu bénéficier du dispositif « préretraite-amiante "(ACAATA).

L'inertie des pouvoirs publics

À la permanence ouverte depuis oc­tobre, nous continuons d'accueillir des personnes victimes de l'amiante. La section Châteaubriant-Derval compte quelque 180 adhérents. Une trentaine de dossiers individuels sont en cours. Ce qui me fait le plus mal, c'est que plus de trente ans après, des gens y restent encore... Dernièrement, nous avons reçu quel­qu'un qui nous a dit : « C'est la der­nière fois que je viens vous voir. -Une semaine plus tard, j'apprenais qu'il était décédé.

La fin, j'y pense forcément. La ma­ladie peut évoluer, sans avertir, car il n'y a pas de symptômes apparents. Je vis avec une épée de Darnoclès au-dessus de la tête. Mais ce qui me met le plus en colère, c'est que les pouvoirs publics n'aient pas mieux pris en compte la pénibilité du travail dans le débat sur la réforme des re­traites.

Recueilli par Nathalie BARIL.

Addeva 44 : à Châteaubriant, per­manence chaque premier jeudi du mois de 14 h à 17 h, Centre commu­nal d'action sociale, 9, esplanade des Terrasses. À Derval, le troisième mer­credi du mois, de 14 h à 17 h, au Pôle social, 14, rue de la Garlais. Tél. 06 47 39 30 64, Site Internet : www. addeva44.fr