Témoignages

ADDEVA 44 / Amiante :

   

 



Michel HERVOCHE, 69 ans atteint d’un cancer lié à exposition professionnelle à l’amiante témoigne :

« J’ai travaillé dans une entreprise qui était paradoxalement chargée de recenser les bâtiments publics contenant des matériaux amiantés. A l’époque, mes collègues et moi prélevions des échantillons sur le terrain avec pour seules protections un nez de cochon et des gants.

La médecine du travail n’a rien décelé chez moi, donc aucun suivi spécifique n’a été mis en place. Ce n’est qu’après avoir craché du sang et alors que j’avais quitté la boîte que mon médecin traitant m’a prescrit une radio. Le couperet est tombé : j’avais développé une très grosse tumeur et devais subir rapidement une ablation du poumon. Ensuite comme pour beaucoup, ça a été séances de chimio, perte de poids, fatigue angoisse des proches …… et même si aujourd’hui je suis en rémission, la peur que les métastases apparaissent est évidemment omniprésente.

Puis c’est la reconnaissance de la maladie. En plus des documents médicaux attestant la présence d’amiante dans le corps, il faut prouver que la contamination est en rapport avec un métier exercé. Un contrat de travail ne suffit pas. Il faut des témoignages sur l’honneur. Cette première étape permet la prise en charge des frais médicaux. Puis pour prétendre à une indemnisation du FIVA, il faut de nouveau fournir preuves et attestations en tous genres. La procédure peut alors durer très longtemps. Enfin, et parce que l’on vit avec une épée de Damoclès très proche au dessus de la tête on pense forcément à ceux que l’on laissera derrière nous. Et là on se retrouve en procès juridique auprès de son employeur pour que nos ayants droit puissent percevoir une aide financière. Cela entame le moral de devoir prouver que l’on est de bonne foi alors que l’on est malade, fragile, inquiet, en colère aussi ; Sans des associations comme l’ADDEVA 44, autant dire que faire valoir ses droits est un indescriptible parcours du combattant dont on se sort difficilement tout seul. »


Marie a perdu son époux, victime d’un mésothéliome. Elle se bat pour obtenir la faute inexcusable de l’employeur ; Marie écrase une larme du bout de l’index, s’excuse puis se retourne vers Bruno LANCELIN (président de l’ADDEVA 44) « heureusement que l’ADDEVA est là pour m’aider. Seule se jeter comme cela dans l’inconnu, ce ne serait pas possible » Sourire d’apaisement du Président « on ne lâchera rien ! » Marie a perdu son mari en mars 2012. Ancien de l’Aérospatiale, il avait débuté sa carrière en 1953 comme apprenti tourneur aux Chantiers de l’Atlantique. Il a été emporté par un mésothéliome en l’espace de quelques mois. « Il avait 75 ans, ne buvait pas, ne fumait plus depuis 40 ans, était actif. C’est tellement injuste ! » Double peine :

Marie se bat aujourd’hui pour obtenir la reconnaissance du cancer de son mari en maladie professionnelle. L’ADDEVA 44 l’accompagne dans ce bras de fer contre le tribunal des affaires de sécurité sociale et autres batailles d’experts. « Ces contentieux c’est la double peine » résume amer Bruno. « Au drame personnel s’ajoute le refus de l’administration ressenti comme une injustice. Ce sont des souffrances que l’on impose aux familles. C’est inadmissible ! » Le combat est long et douloureux confirme Marie. « Cela nous empêche d’avancer. Ce n’est pas une histoire financière, l’argent n’a jamais remplacé un proche. Mais les dangers de l’amiante étaient connus, je ne veux pas que l’employeur s’en tire comme ça. J’ai en moi une colère énorme » Elle témoigne encore sur le cas de son père, charpentier de marine à St Nazaire, décédé quand elle avait 11 ans : « un médecin avait dit à ma mère que son décès était lié à son travail mais à l’époque ces procédures ne se faisaient pas » « Ce n’est pas toujours facile de se retourner contre son patron, notamment dans les grandes entreprises qui peuvent aussi être l’employeur d’un enfant ou d’un proche » explique Bruno. Il exhorte les personnes exposées à l’amiante à se plier à un suivi médical « certains refusent encore, ils préfèrent ne pas savoir ! Ils pensent se préserver mais ils oublient leurs proches. Passer les scanners et les examens respiratoires évite beaucoup de difficultés le jour ou arrive le drame »